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Dans "PRESSE PEOPLE : récit d’une collaboration toxique", la journaliste Clarisse Mérigeot-Magnenat se livre sans langue de bois sur ses années passées au sein du magazine people/trash Entrevue. Miss France topless, sex-tape de never been de la télé réalité, porno et scandales à gogo, tel fut le quotidien de cette journaliste que Popheart a souhaité rencontrer... pour en savoir encore et toujours plus. Interview.
Ton livre plonge le lecteur dans les coulisses d’une presse à la fois mal-aimée et très populaire, comment et pourquoi es-tu entrée dans cet univers impitoyable ?
Adolescente, je pensais que la presse people était un passage obligé pour un journaliste, un moyen d’apprendre le métier en manipulant des informations ludiques. J’ai tout fait pour faire mon entrée dans ce monde-là, je l’ai voulu ardemment. Je crois que mon destin était tout tracé : quand j’étais gamine, je me suis mis en tête de lancer « Houlala », le tabloïd de mon lycée. Je vivais dans une petite ville de province. Mes amies et moi savions que nous croiserions tous nos profs chez Leclerc, de onze à seize le samedi. Il ne nous restait plus qu’à être discrètes dans les rayons pour les prendre en photo en train d’acheter leur jambon… Le journal était constitué d’une feuille A4 imprimée recto/verso que nous pliions en deux. Comme j’étais lâche, je le déposais dans les toilettes et les salles de classe vides pour ne pas me faire piquer.
Quel a été ton meilleur coup (dans ton travail j’entends) ?
Il paraît que j’ai offert son premier article à Mickaël Vendetta. Quand je l’ai connu, il avait un Facebook dans tous les pays du monde, quelque chose comme ça. Alors voilà : je l’interroge et je le fais poser pour Entrevue pendant un long moment. Je lui fais prendre des poses grotesques devant une porte vitrée, je lui crie de faire semblant de téléphoner, de mettre les sourcils comme ci ou comme ça. Ensuite, Mickaël et moi marchons dans la rue. Il croise des écolières qui se fichent de lui, il dit : « tu vois, les filles craquent pour Vendetta ». Pendant qu’il fait le malin, ensuite, un camion poubelle lui heurte le bras. Mickaël prend sur lui : « Vendetta est en acier, ça aussi tu l’écriras ! » Le papier sort, « Mickaël Vendetta gros bouffon ». Il est reçu la semaine suivante chez Cauet qui lui fait commenter le papier et sa « carrière » est lancée. (On n’entend déjà plus parler de lui au fait, est-ce qu’il est décédé?)
As-tu des regrets concernant certaines publications du magazine ?
Quand on travaille pour Entrevue, on se prend forcément de passion pour la guerre qui oppose le journal à Geneviève de Fontenay. J’ai quitté Entrevue au moment où les photos de nu de Kelly Bochenko ont été publiées. J’ai entendu dire que Geneviève De Fontenay avait attaqué à cause des photos d’elle qui ont été imprimées sur le sexe de la fille. J’ai beaucoup pensé à mes anciens collègues, je me suis dit qu’ils avaient dû rire. J’en imaginais même quelques-uns dire : « on a fini par avoir la peau de la vieille ». Je demande pardon pour ça. Ce n’est pas très gentil, franchement !
Tout au long du livre, tu te définis comme une junkie, accro à ce métier, pourquoi avoir arrêté ?
Parce que mon état était inquiétant. Je ne vivais que pour les infos que je pouvais brasser. Rien au monde ne m’aurait plus m’amusée. Je me sentais coupée du monde, ma famille riait de moi. Je n’avais rien d’autre à raconter que : « savais-tu que Cindy de Secret Story avait été violée ? », ou : « mon Dieu, il y a un candidat scatophile dans la Maison cette année ! » Je passais des nuits entières assise à mon bureau à chercher des sex-tapes sur tous les sites pornos du monde. Il fallait que je sois au courant de chaque ligne publiée — de chaque ragot— sans quoi j’avais l’impression qu’on m’avait fait un enfant dans le dos. La personne que j’aime était sur le point de me quitter. Comme beaucoup de journalistes people, en plus, j’avais l’illusion d’une notoriété transmissible par effet de capillarité (je serre la main de Morandini, je deviens comme lui; je pose mon derrière là où Thierry Ardisson l’a fait avant moi, etc.). J’étais folle, et je devais m’en aller pour être sauvée.
Que penses-tu de ces filles qui ne font plus parler d’elles que pour leurs (dé)boires telles que Lindsay Lohan, Amy Winehouse, Loana, Justin Bieber ? Penses-tu que les journalistes people contribuent à les enfoncer du côté obscur de la force ?
Le sens de cette question est-il que ces femmes s’enfoncent dans l’excès à dessein ? Qu’elles se roulent dans les caniveaux pour être photographiées ? Je ne suis pas sûre que ce soit le cas. Par contre ce phénomène existe, évidemment. Connaissez-vous ce blogueur gay, Jeremstar ? Il est le parfait exemple des pirouettes auxquelles se livrent les nobodies pour être regardés:
1. Jeremstar est persuadé qu’apparaître dans Public et dans Closer impose le respect
2. Il pense qu’un coup d’éclat est nécessaire pour y faire son entrée
3. Invité sur le plateau de Morandini, il montre son sexe, puis demande à Cécile de Ménibus de lui faire un toucher rectal
4. Ça a marché : Public et Closer ont publié des photos de lui à la plage cet été !
J’ai déjà écrit sur Jeremstar. J’ai interrogé un sociologue à son sujet. Il m’a dit qu’il lui rappelait les tueurs en série qui n’ont aucune autre motivation que la célébrité. De nos jours, la notoriété n’a plus aucune valeur, puisqu’il suffit de s’en inventer une sur Internet pour exister ! Avec le nombre d’émission de télé qui sont lancées, il faut toujours tomber plus bas pour qu’on écrive sur soi.
Certains coups étaient-ils arrangés avec les célébrités ou leurs proches ?
La presse people suscite les vocations et les bonnes volontés. J’ai connu des journaux dont les bouclages étaient organisés en fonction des lancements de certaines téléréalités. Les journalistes s’asseyaient, puis ils attendaient. Immanquablement, dès que le portrait d’un candidat était diffusé, le téléphone se mettait à sonner. C’était le père, la soeur, le voisin… Il y a des gens qui appellent en écrasant un mouchoir sur le combiné et qui mentent sur leur identité. Être journaliste people, c’est aussi recevoir toute la journée les supplications de gens prêts à tout pour exister. Il y en a qui m’appellent le matin en me suppliant de les « promotionner ». Quand je suis de mauvaise humeur, je les fais parler histoire de me payer leurs têtes.
C’est plus dur pour une femme d’évoluer dans ce milieu ?
Tout dépend de la rédaction. J’ai eu des moments très heureux, des soirées d’après bouclage dont on ne voudrait pas rentrer, des petits-déjeuners. J’ai aussi connu plusieurs situations d’une insupportable tension. Il est difficile d’exister dans des endroits où la sollicitation sexuelle est permanente. Savez-vous ce qu’est une Mastercard ? On vous passe la tranche de la main entre les fesses en la remontant lentement. J’ai découvert ça il n’y a pas si longtemps. Il y a aussi la Black, la Gold, la Visa… Une fois c’est amusant ; toute une journée, ça devient pesant.
Les paparazzis et leurs méthodes sont souvent mis en avant dans les médias. Y a-t-il une omerta autour des journalistes ?
Peut-être que les plus intoxiqués se cachent, qu’ils ont honte de leur état. Peut-être savent-ils aussi que raconter ses méthodes de travail, c’est s’en prendre plein la figure à tous les coups. Je suis allée à mille soirées pendant lesquelles on m’a demandé pour qui je travaillais. Je disais : « Je suis journaliste dans la presse people ». On me répondait : « tu n’en es pas une vraie, alors ? » Je ne connais pas de témoignage de journaliste qui soit similaire au mien. Je ne connais personne qui ait osé dire : « j’ai tellement aimé cette presse que j’ai fini par développer une addiction. » C’est trop difficile à assumer socialement. Les journalistes people sont discrets sur leurs méthodes de travail par lassitude, c’est mon interprétation, voilà. À quoi bon passer des heures à expliquer que ce qui est lu en une seconde peut avoir mis des heures à être construit ? Tout sera démoli, c’est un combat qui est perdu d’avance.
Tu achètes encore Entrevue ou d’autres magazines du genre ?
Je me fais violence, j’essaye déjà d’éviter de les feuilleter. Il y a un kiosque en bas de chez moi que je le contourne tous les matins pour éviter d’être tentée. La presse people, Dieu merci, c’est comme les Feux de l’Amour. Si je tiens suffisamment longtemps sans la consulter, je sais que je finirai par perdre le fil de l’histoire et qu’elle ne pourra plus m’intéresser. Avez-vous déjà lâché les Feux de l’Amour pendant plus d’un mois ? (Je me rends compte à quel point cette question est absurde.) Certains personnages ont vieilli de dix ans en l’espace de deux épisodes, d’autres non. Il y en a qui sont parachutés au cœur de l’intrigue dont on n’avait jamais entendu parler auparavant. Il est impossible de s’y retrouver. De la presse people, un jour, je sais que je dirai: « c’est qui, cette fille? Qu’est-ce que c’est que cette émission-là ? »
Tu as définitivement décroché aujourd’hui ?
Il paraît que les drogués qui arrêtent de se défoncer ont 80% de chances de rechuter s’ils ne sont pas aidés. Sur ce coup-là je suis toute seule, mais regardez : je n’ai pas regardé une seule fois Secret Story cet été ! Je ne sais pas qui sont les candidats et j’ignore tout des secrets qu’ils doivent protéger. Voici trois explications possibles, je vous laisse choisir celle que vous trouvez la plus plausible : La première, je ne suis plus salariée d’un journal qui me force à m’y intéresser ; la deuxième, je suis sevrée ; la troisième, c’est vraiment trop nul à chier cette année.
Presse people, récit d’une collaboration toxique, de Clarisse Mérigeot-Magnenat (éditions Anabet) - www.clarissemerigeot.com -
Photo : Pauline Magnenat-Mérigeot
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