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T-ara, gloire et déboires de la pop coréenne

A moins d'avoir passé les douze derniers mois coincé dans l'arrière-train de Christina Aguilera, vous n'êtes pas sans savoir que la k-pop est le nouveau phénomène musical du moment. Parmi les dizaines d'artistes à avoir émergé de cette scène qui lorgne de plus en plus vers l'international, le groupe T-ara semble être l'éternel outsider, face aux priorités de l'industrie que sont les Girls' Generation ou 2NE1. Qui sont-elles, où vont-elles, nous allons vous expliquer pourquoi ces sept poupées synchronisées tirent leur épingle du jeu dans le monde sans merci de la planète k-pop.
Mini albums, maxi ambitions
Formées en 2009 par Core Contents Media, une des nombreuses méga-compagnies sud-coréennes, les T-ara, comme la plupart des groupes k-pop, ont passé au moins trois ans dans un centre d'entrainement. Trois ans pour apprendre à chanter et danser, ça peut paraitre beaucoup, mais on verra plus tard qu'en Corée, l'endurance c'est important. Au départ, elles étaient cinq, mais au moment de l'enregistrement de leur premier disque, deux autres se sont ajoutées. Leur premier vrai tube en Corée, Bo Peep Bo Peep, date de 2009 et démarre l'année 2010 numéro 1 des charts.
La particularité des T-ara, ce sont leurs singles, à l'efficacité redoutable. Il faut savoir que sur le marché coréen, les groupes pop ne sortent pas vraiment d'albums mais plutôt ce qu'on appellerait chez nous des EP, avec une poignée de titres à l'intérieur. Ceux de T-ara ont tous été des tubes énormes, en général écrits par la même équipe, dont Shinsadong Tiger et Choi Gyu Sung. Leur marque de fabrique : un refrain golifiant assimilable par un gosse de trois mois, une production ultra moderne saupoudrée de gimmicks rétro. Bo Peep, Yayaya et Roly Poly ont été numéro 1 en Corée et au Japon. Malgré leur apparente simplicité et leurs allures de produits idiots calibrés pour le dancefloor, les titres de T-ara sont déjà des classiques de pop moderne.
On danse et on pleure
En Corée, chaque sortie de single est accompagnée d'une promotion digne de la sortie d'un film hollywoodien. Plusieurs vidéos sont tournées pour la même chanson, avec une constante : la chorégraphie, essentielle, que les fans doivent pouvoir reproduire à leur tour, que ce soit dans leur chambre, sur YouTube ou lors de flashmobs. Les chorés de T-ara sont des chefs d'oeuvre du genre, un mix improbable et visuellement parfait entre disco, macaréna et poses mignonnes inspirées du kawaii japonais. Déguisées en chattes cosmiques à grosses pattounes, en bestas de John Travolta, en tueuses à gages, en squaws, en zombies ou en school girls des enfers, Soyeon, Jiyeon, Eunjung, Boram, Qri, Hyomin et Hwayoung sont des machines à danser inépuisables, que leur compagnie trimbale entre la Corée, le Japon et de nombreux pays du globe.
Inépuisables ? Pas si sûr. Ces derniers mois, de sérieux et inquiétants signes de fatigue commencent à poindre chez certains membres du groupe. Il faut dire que Core Contents Media exploite non seulement les talents de chanteuses et danseuses de ses protégées, mais elle leur fait également jouer la comédie dans des productions télé, les fameux "drama" coréens qui s'exportent si bien ces dernières années. Et récemment, un mini film en deux parties a été tourné pour promouvoir les morceaux Cry Cry, We Were In Love et Lovey Dovey, dans une ambiance très dark de film d'action asiatique avec gros flingues et mares de sang, et dans lequel Jiyeon démontre qu'elle peut être une actrice crédible.
Mais les incessantes tournées promo additionnées aux tournages de dramas, aux séances d'entrainement et aux répétitions, font que les 24 heures d'une journée ne suffisent plus aux membres de T-ara pour abattre la masse de boulot colossale imposée par leur label. Ainsi, Eunjung se blesse à la cheville lors d'une émission, mais continue à danser shootée aux antidouleurs quelques jours plus tard à la télé. Jiyeon se retrouve à l'hosto pour surmenage et Boram est en dépression nerveuse. On comprend mieux, en voyant la cadence infernale à laquelle elles sont soumises, pourquoi leur training s'étale sur de longues années et ce depuis leur adolescence. L'industrie k-pop ne s'en cache pas : les dirigeants des compagnies comparent leurs artistes à des sportifs de haut niveau, censés représenter leur pays à travers le monde. Compétition, acharnement, brimades, contrats abusifs : les méthodes de l'industrie du divertissement en Corée sont discutables et feraient hurler d'horreur l'inspection du travail dans n'importe quel pays occidental.
Le truc en plus
Dès leurs débuts, les T-ara suscitaient beaucoup d'attente de la part des fans de pop et des médias. Elles ont bénéficié de la force de frappe de la maison-mère de leur label, Mnet Media, sorte d'équivalent coréen de Live Nation. Mais ces "Super Rookies" semblent toujours un peu dans l'ombre de leurs copines SNSD ou 2NE1. Pourtant, les T-ara cultivent leur différence. Elles ne se positionnent pas sur le créneau sexy aussi ouvertement que certaines autres formations, leur univers visuel est beaucoup plus soigné et inventif, et musicalement, leur staff semble privilégier la qualité également. De plus, leur management semble ne pas avoir d'ambitions internationales pour le moment, se contentant du territoire asiatique là où d'autres se cassent les dents depuis des années en essayant de conquérir le marché américain (les Wonder Girls s'y essayent depuis 2008, pour des résultats pour le moins mitigés : c'est la cata). Les choix artistiques autour de T-ara semblent être plus sûrs, de meilleurs goût, plus humbles et plus soucieux de fun et de pop culture, là où les machines de guerre de la SM Entertainment (label des SNSD) veulent clairement remplacer Britney Spears et semblent peu se soucier du reste.
Qui sait, peut être bien qu'une fois que la bulle spéculative autour du phénomène k-pop aura explosé, les T-ara seront encore là et danseront sur les cadavres encore chauds des girl bands décimés sur le front occidental. En attendant, nous on bougera nos muffins sur Roly Poly le 8 février à Bercy lors de la tournée Music Bank, où elles seront à l'affiche avec Girls' Generation, 2PM, Beast, Shinee, U-Kiss et Sistar.
T-ara, la compile
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